Claviceps purpurea: Ergot du seigle
Introduction
L'ergot est une maladie fongique des céréales connue depuis le Moyen Âge sous le nom de « mal des ardents », responsable d'intoxications collectives graves avant que son origine ne soit identifiée.
En grandes cultures aujourd'hui, l'enjeu est avant tout agronomique et qualitatif : aucun traitement de semences efficace n'est autorisé en agriculture biologique contre l'ergot, ce qui rend la prévention au champ et le tri rigoureux des semences indispensables. L'été 2026 a par ailleurs été particulièrement favorable au développement de l'ergot en céréales, y compris dans des situations habituellement peu propices à la maladie : une vigilance renforcée est de mise pour la campagne en cours.
Agent pathogène et symptômes
Cycle biologique
- Claviceps purpurea (champignon ascomycète) infecte toutes les graminées, cultivées et sauvages.
- Infection primaire (printemps) : germination des sclérotes restés en surface du sol ou peu enfouis, avec libération d'ascospores dispersées par le vent (portée sur plusieurs dizaines de mètres vingtaine de m selon Arvalis).
- Infection secondaire (en Belgique : floraison du froment généralement de fin mai à mi-juin ; floraison du seigle plus précoce: conidies produites dans le miellat, disséminées par la pluie, le vent et les insectes (rayon environ 20 m).
- Fenêtre de risque : à la floraison de l'épi uniquement.
- Facteurs favorisants : temps frais et humide au stade dernière feuille et à la floraison. Des températures inférieures à 4 °C ou des pluies supérieures à 40 mm durant cette période empêchent une fécondation normale des fleurs, ce qui prolonge leur sensibilité à l'infection.
Sensibilité des céréales et plantes hôtes
- Sensibilité décroissante : seigle > triticale > blé, orge, avoine.
- Graminées adventices hôtes : vulpin (plus sensible) et ray-grass. Ils constituent des réservoirs et relais d'inoculum pour les parcelles cultivées.
Symptômes
- Stade précoce : miellat blanchâtre et gluant entre les glumelles de l'épillet infecté.
- Évolution : durcissement puis noircissement progressif. On observe le sclérote noir-violacé, parfois saillant hors de l'épi, jusqu'à plusieurs cm de long.
- Le sclérote se substitue totalement au grain dans l'épillet touché.
Impact et cadre réglementaire
Une nuisibilité essentiellement qualitative
- Impact sur le rendement : faible, car peu d'épillets deviennent stériles par l'infection.
- Menace principale : sanitaire. Le champignon contient des alcaloïdes toxiques (dérivés de l'acide lysergique), dangereux pour la santé humaine et animale même à faible dose (effets vasoconstricteurs et neurologiques).
Seuils réglementaires européens
Deux types de seuils encadrent la présence d'ergot dans les céréales commercialisées :
- Présence de sclérotes physiques (impuretés, cf règlement (CE) n° 1881/2006 et ses modifications)
- Mesure des alcaloïdes de l'ergot (règlement d'exécution (UE) 2021/1399 modifiant le règlement (CE) n° 1881/2006), teneurs maximales en somme des alcaloïdes fixées depuis le 30 juin 2024
- La présence dans les Semences (directive 66/402/CEE)
Conséquence pour un lot non conforme : tri obligatoire (voie optique, 99-100 % d'élimination des sclérotes, contre environ 40 % pour un nettoyage mécanique classique) ou valorisation alternative (méthanisation).
Une vigilance renforcée pour la campagne 2026 (observations de Patrick Silvestre, conseiller technique grandes cultures, Biowallonie)
L'été 2026 a été favorable au développement de l'ergot en céréales, y compris dans des situations agronomiques habituellement peu à risque : les parcelles concernées demandent une attention particulière, tant en prévention pour les prochains semis qu'en tri des lots déjà récoltés.
Leviers de gestion en agriculture biologique
Aucun traitement de semences efficace contre l'ergot n'est autorisé en agriculture biologique : la gestion repose sur des leviers agronomiques préventifs, combinés à un tri rigoureux des lots pour les parcelles déjà touchées.
- Semences saines : semences indemnes de sclérotes. Semences fermières : tri indispensable, au trieur optique ou sur table densimétrique (jusqu’à 95% d'élimination suivant le nombre de passages au trieur optique et 99% sur table densimétrique) plutôt qu'un séparateur standard (environ 40 %). L’avantage du trieur optique c’est le passage grain a grain qui engendre beaucoup moins de pertes de bon grain.
- Fauche des bords de champ : bordures herbacées fauchées avant floraison des graminées sauvages, au moins sur la bande en contact avec la parcelle.
- Maîtrise des adventices de type graminées dans les champs : un désherbage mécanique rigoureux ciblé sur les graminées, en particulier le vulpin et le ray-grass qui sont des réservoirs de contamination. Sans cette maîtrise, le risque de contamination serait multiplié par sept selon Arvalis.
Labour profond des parcelles impactées : labour à plus de 20 cm pour enfouir les sclérotes pour limiter leur capacité de développement au printemps.
Ensuite, travail superficiel pendant deux ans : les sclérotes sont viables jusqu'à 2 ans dans le sol, éviter de les faire remonter : labour moins profond, voire absence de labour si c’est possible, durant les deux campagnes suivantes.
- Rotation longue : 2 ans sans céréales, en particulier seigle et triticale, les espèces les plus sensibles, et sans graminées herbacées sur les parcelles impactées.
- Repérage du risque en amont :grille de risque ARVALIS (historique de la parcelle, semences contaminées, météo en floraison). 4 classes de risque sont définies de A à D pour cibler les leviers ci-dessus à activer.