Récolte et séchage des semences
Cette fiche propose une synthèse opérationnelle des principaux repères techniques, points de vigilance et leviers d’organisation liés à ces étapes, dans une logique adaptée aux multiplicateurs de semences et aux petites ou moyennes structures semencières (voir le document complet en bibliographie)
Introduction
La récolte est une étape déterminante pour assurer un bon rendement en semences. Le séchage du lot est quant à lui essentiel pour assurer la qualité germinative des semences et assurer leur conservation dans le temps.
La maîtrise de ces opérations suppose d’adapter les pratiques à l’espèce, au type de fructification, à l’échelle de culture et aux conditions météorologiques. Elle repose autant sur l’observation du bon stade de récolte que sur une bonne gestion du séchage primaire, du battage ou de l’extraction, puis du séchage final avant stockage.
La récolte et le séchage doivent être pensés comme un ensemble cohérent, depuis la coupe jusqu’au stockage. Cette fiche aborde quelques notions essentielles à connaître pour mener ces opérations et obtenir un lot de semence de bonne qualité.
Les grands repères
Récolte
Le premier repère consiste à attendre la plus grande maturité possible avant de récolter, tout en évitant les pertes dues à l’égrenage. Beaucoup de plantes continuent en effet à transférer des ressources vers les semences à partir de tissus sénescents, ce qui justifie de laisser mûrir les graines au maximum sur les porte-graines lorsque les conditions le permettent.
Les techniques diffèrent selon le type de plantes :
- Pour les fruits secs, on recherche généralement des plantes devenant sèches, brunâtres et faciles à égrener ;
- Pour les légumes-fruits (fruits charnus), il est conseillé d’attendre une pleine maturité, voire un stade dépassant celui de consommation, juste avant les risques de pourriture ou d’attaque.
Le type de floraison influence également la stratégie de récolte:
- Une floraison groupée permet souvent une récolte en une fois,
- alors qu’une floraison échelonnée impose un compromis entre maturité maximale, risque d’égrenage et organisation du chantier.
Séchage
Le séchage est un processus continu qui démarre dès la coupe et ne se termine qu’après le triage, au moment où l’état du lot est validé pour le stock.
Cette approche est stratégique dans les contextes humides, où un lot mal ventilé ou insuffisamment séché peut chauffer, moisir, perdre sa faculté germinative ou se réhumidifier avant stockage. L’usage d’outils simples, comme un abri bien ventilé, des ventilateurs, des claies, un hygromètre et, si possible, un séchoir, permet déjà d’améliorer fortement la qualité finale des semences.
Conditions de mise en Œuvre
Récolte
La récolte se raisonne selon une succession d’étapes : coupe, séchage primaire, battage ou extraction, puis séchage final. Selon les espèces et l’équipement disponible, ces étapes peuvent être plus ou moins séparées, ou partiellement combinées dans le cas d’utilisation d’une moissonneuse-batteuse.
=> Pour les espèces à fruits secs:
- il est conseillé de récolter tôt le matin, lorsque la rosée limite l’égrenage au moment de la coupe.
- Les porte-graines doivent ensuite être rapidement étalés pour sécher, avant battage dans une atmosphère aussi sèche que possible.
L’andainage constitue une option intéressante dans certains systèmes, surtout pour des cultures plus mécanisées ou exposées à des contraintes climatiques. Cette technique permet de poursuivre une maturation tardive pendant quelques jours après la coupe, mais elle demande une bonne maîtrise du stade de fauche, de la forme des andains, de leur séchage et de leur reprise.
=> Pour les fruits charnus
- Objectif : laisser les fruits atteindre une maturité complète avant extraction. Par exemple, les cornichons sont étalés pour continuer à mûrir encore quelques jours sous tunnel avant extraction des semences.
Le matériel minimal de récolte comprend des outils de coupe adaptés à l’échelle de production, des contenants, des bâches ou des draps, ainsi qu’un système fiable d’étiquetage des lots. En effet, un lot mal identifié est un lot perdu. Un double étiquetage, à l’extérieur et à l’intérieur du contenant, est même préconisé.
Les principaux risques identifiés lors de la récolte sont :
- l’égrenage avant ou pendant la récolte,
- la germination sur le porte-graine,
- la contamination par des agents pathogènes,
- la verse,
- l’impossibilité d’entrer dans les parcelles humides avec des machines,
- la perte de faculté germinative lors d’un séchage mal maîtrisé.
Séchage
Le séchage primaire peut se faire en andains, sous abri ou en séchoir, selon l’échelle de culture et la valeur du lot. Dans les petites et moyennes structures, un simple hangar, un tunnel bien géré ou un grenier aéré peuvent suffire, à condition d’étaler les plantes en couches fines, de les retourner si nécessaire et d’éviter les coups de chaleur.
Le séchage final demande davantage de rigueur, car il conditionne directement la conservation. Comme les semences sont hygroscopiques, leur teneur en eau évolue en fonction de l’humidité de l’air jusqu’à atteindre un équilibre. Il est donc recommandé de suivre l’humidité relative d’équilibre à l’aide d’un hygromètre dans un contenant hermétique.
Un repère central est qu’une humidité relative d’équilibre d’environ 30 à 35 % est adaptée à la conservation des semences. Cette méthode de suivi de l’humidité relative offre une solution de terrain particulièrement intéressante pour les petites sociétés semencières qui ne disposent pas d’humidimètre spécialisé.
Pour le séchage, les équipements utiles sont :
- un abri,
- des supports de séchage,
- des ventilateurs de bon diamètre,
- un hygromètre,
- et éventuellement un séchoir acheté ou autoconstruit.
Après récolte, un point critique est la réhumidification des lots avant triage ou stockage. L’expérience rapportée montre qu’un lot laissé dans un local humide peut reprendre de l’eau ; l’usage de contenants hermétiques et, si nécessaire, de silica gel peut alors sécuriser le stockage intermédiaire.
Opportunités de développement
Il existe plusieurs pistes d’amélioration pour les filières semencières. Il serait notamment utile de mieux documenter la pertinence de l’andainage en Belgique, les seuils de maturité les plus fiables, et le niveau de risque associé à chaque technique de récolte.
Le développement d’une approche plus économique et organisationnelle de la récolte et du séchage est à préconiser. Au-delà des principes techniques, la performance dépend aussi de la coordination entre multiplicateur et société semencière, de l’organisation des espaces de séchage et de stockage, et de la capacité à observer, mesurer et ajuster les pratiques d’une campagne à l’autre.
SOURCE: cette fiche a été extraite du dossier complet créé dans le cadre du projet Semences d'Ici. L'ensemble des sources utilisées est détaillé dans le document complet ci-joint en bibliographie.