Nesidiocoris tenuis : auxiliaire prédateur controversé contre les aleurodes
Taxonomie
Punaise prédatrice Nesidiocoris tenuis (Reuter, 1895) - anciennement Cyrtopeltis tenuis (Ordre : Hémiptères, Famille : Miridae)
Comment la reconnaître ?
Adulte
- Taille : 3 à 5 mm de long (3 à 3,5 mm selon certaines sources)
- Forme : corps allongé
- Couleur :
- Corps vert clair, plus gris que Macrolophus.
- Premiers segments des antennes noirs ainsi que le "collier"
- Antennes claires annelées de noir
- Yeux rouges typiques
- Deux longues pattes
- Particularité :
- Possède une paire d'yeux secondaires au-dessus des yeux à facettes
- Ressemble beaucoup à Macrolophus mais plus grise
- Se déplace très vite
- Insecte à développement hétérométabole (larves ressemblent beaucoup à l'adulte)
- Longévité : courte, 9 jours pour la femelle et 7 jours pour les mâles à 25°C
- Habitat : cultures légumières sous serre et tunnel, apparaît spontanément dans les serres où peu d'insecticide est appliqué.
- Distribution : originaire d'Afrique et du bassin méditerranéen, naturellement présente dans le Sud de la France, expansion géographique vers le Nord
Larve
- Couleur : couleur jaune puis devient verte ou vert jaunâtre
- Taille :
- Premiers stades larvaires d'environ 1 mm
- Puis 3 à 4 mm dans les derniers stades
- Particularité :
- 5 stades larvaires
- Ressemble beaucoup aux adultes (hétérométabole)
- Aussi prédatrices que les adultes
Œufs
- Localisation : insérés entre les tissus des feuilles et les nervures, très difficilement visibles
- Particularité : une grande proportion d'œufs est pondue sur les tiges latérales (attention lors de la taille)
Rôle écologique et efficacité
Régime alimentaire zoophytophage : Nesidiocoris tenuis se nourrit à la fois de proies (activité prédatrice) et de plantes (activité phytophage). Cet équilibre varie selon la disponibilité en proies.
Larves et adultes (prédateurs) :
- Proies principales :
- Aleurodes (mouches blanches) : Trialeurodes vaporariorum (aleurode des serres) et Bemisia tabaci (aleurode du tabac, aleurode de la tomate)
- Préférence pour tous les stades de l'aleurode (œufs et petites larves préférés)
- Proies secondaires :
- Acariens tétranyques (Tetranychus urticae)
- Thrips
- Œufs et jeunes larves de Tuta absoluta (mineuse de la tomate)
- Pucerons (dans une moindre mesure)
- Larves de mouches mineuses
- Mode d'action : utilisent leur rostre pour percer la cuticule de leurs proies et aspirer leur contenu
- Consommation :
- 15 à 45 larves et pupariums d'aleurode par jour selon le stade de développement et la température
- Prédateur vorace, très mobile et efficace dans sa recherche de proies
- Activité prédatrice : corrélée positivement avec la densité de proies et la température
- Activité phytophage :
- S'alimentent également sur les plantes hôtes en insérant leur rostre dans les tissus végétaux
- => ATTENTION : En l'absence de proies suffisantes, le régime phytophage devient majoritaire et peut occasionner des dégâts importants
Cycle de développement de Nesidiocoris tenuis
- Durée du cycle : environ 30 à 35 jours selon la température ambiante
- Nombre de stades : passage de l'œuf à 5 stades intermédiaires larvaires jusqu'à la maturité adulte
- Optimum de développement : entre 20°C et 30°C
- Particularité : cycle plus court lorsque la punaise se nourrit exclusivement d'aleurodes que lorsqu'elle se nourrit de thrips ou d'acariens
Caractéristiques de reproduction :
- Capacité de reproduction élevée
- Pond entre les tissus des feuilles et dans les tiges latérales
- En absence d'hiver (régions tropicales ou serres chauffées), l'insecte se maintient toute l'année sans interruption
Cultures concernées
Cultures légumières :
- Tomate (culture principale)
- Aubergine
- Courgette
- Cultures semencières
- Salade (observations de dégâts)
Autres cultures sensibles (en tant que ravageur) :
- Sésame
- Tabac
- Cucurbitacées
Ravageurs ciblés
Aleurodes (cible principale) :
- Trialeurodes vaporariorum (aleurode des serres)
- Bemisia tabaci (aleurode du tabac, aleurode de la tomate)
Autres ravageurs :
- Tuta absoluta (mineuse de la tomate) - œufs et jeunes larves
- Acariens tétranyques (Tetranychus urticae)
- Thrips
- Pucerons
- Mouches mineuses
Efficacité : Considéré comme le prédateur le plus efficace pour contrôler Tuta absoluta (mineuse de la tomate)
Méthodes d'implantation
Protection biologique par augmentation
Forme commerciale :
- Adultes conditionnés en pots
- Produit commercial : Nesiline (pot de 500 individus)
- Proposé aux serristes français depuis 2009 pour maîtriser les aleurodes et Tuta absoluta
Modalités d'application :
- Introduire au stade jeune plant, dès la pépinière pour de meilleurs résultats
- Avant d'ouvrir, secouer doucement le tube pour répartir uniformément les prédateurs
- Saupoudrer de petites quantités sur la culture et sur les feuilles
- Garder le tube en position horizontale dans un endroit frais à l'abri de la lumière directe
- Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque le nombre d'organismes nuisibles est faible
- IMPORTANT : Coordonner la libération avec les moments de taille/détail pour éviter la perte d'œufs (beaucoup d'œufs pondus sur tiges latérales)
Doses :
- Introduction préventive à petites doses
- Adapter selon la densité de ravageurs
Protection biologique par conservation
Présence naturelle :
- Présente presque toute l'année
- Apparaît spontanément dans les serres ou tunnels où peu d'insecticide est appliqué
- Naturellement présente dans le Sud de la France depuis une bonne dizaine d'années
- Présence en Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Finlande (2007)
- Expansion géographique progressive vers le Nord
Période d'entrée :
- Les entrées se font en été et jusqu'à la fin de l'automne
Facteurs favorisant l'installation
Avantages spécifiques
- Efficacité reconnue : très efficace contre aleurodes et Tuta absoluta dans le bassin méditerranéen (notamment sud de l'Espagne)
- Polyvalence : prédateur polyphage actif contre plusieurs types de ravageurs
- Mobilité : très mobile et efficace dans sa recherche de proies
- Stades actifs : efficace tant au stade larvaire qu'adulte
- Présence naturelle : s'installe spontanément dans les cultures
- Certains maraîchers l'introduisent dès la pépinière avec de bons résultats
- Sa présence naturelle en Corse permet de faire l'impasse d'achat
- Coordonner les lâchers avec les moments de taille
- Attention aux tiges latérales (bourgeons axillaires) où sont pondus de nombreux œufs
- Optimum : 20-30°C
- L'augmentation de la température moyenne favorise son développement
Pratiques culturales à adopter
- Introduction précoce : certains maraîchers l'introduisent dès la pépinière avec de bon résultats.
- Gestion de la taille :
- Coordonner les lâchers avec les moments de taille
- Attention aux tiges latérales (bourgeons axillaires) où sont pondus de nombreux œufs.
- Conditions climatiques :
- Optimum: 20-30°C
- L'augmentation de la température moyenne favorise son développement.
Statut controversé: Risques et précautions importantes
Nesidiocoris tenuis n’est actuellement utilisé que dans le bassin méditerranéen où il est considérée comme un auxiliaire (bassin méditerranéen, sud de l'Europe) mais comme un ravageur important en France, notamment dans le Sud-Est. Il a tendance à remonter dans le nord et passe par chez nous et les pays voisins. Son utilisation est très controversée en Belgique, mais il faut savoir aussi que :
- Elle est non-hivernante : originaire du bassin méditerranéen, cette punaise ne survit pas aux hivers belges.
- Sous serre uniquement : en Belgique, on ne la retrouve que dans les cultures sous serre, où elle est parfois introduite intentionnellement ou apparaît de manière opportuniste.
- La KU Leuven mène des études pour optimiser la gestion de ce prédateur dans les serres de tomates nord-européennes.
Dégâts phytophages importants :
Les dégâts arrivent dans les cas suivants :
- Population importante - plus de 15 Nesidiocoris comptés sur un total de 10 plantes
- Peu de proies ou absence de proies, son activité phytophage devient alors majoritaire et cause des dégâts importants
- Cultures et variétés sensibles - comme les cerises ou les types de tomates à petites grappes
Sur tomate les dégâts observé sont:
- Déformation de l'apex
- Chute des fleurs (suite aux piqûres dans le pétiole)
- Anneaux nécrotiques caractéristiques sur la tige (point de fragilité pouvant entraîner cassure en tête)
- Attaque des tiges, pédoncules floraux et fruits
- Pertes économiques considérables dans les serres
- Sur salade : nécroses apicales inhabituelles (2012), 10 à 20% de laitues invendables dans certains cas
- L'intensité des dégâts est liée au nombre d'individus par plante
Impact sur les rendements :
- Action très rapide
- Seuil de tolérance très faible
- Dégâts apparaissent dès décembre pour plantations estivales, à partir d'avril pour plantations de fin d'année
Problème de gestion :
- En France, attaque très fortement les plantes et nécessite des mesures de régulation
- Perturbe fortement les équilibres biologiques en place
- Régulation biologique impossible pour le moment, faute de données
- Grande similarité biologique avec Macrolophus pygmaeus (auxiliaire), ce qui rend la lutte complexe
Risque sanitaire :
- Soupçonné d'être vecteur du phytoplasme Phytoplasma asteri (jaunisse de l'aster)
- Ce pathogène affecte plus de 350 espèces végétales dont la laitue
Méthodes de contrôle en France :
- Prophylaxie : retirer et ensacher les bourgeons axillaires (gourmands) dès que les Macrolophus sont installés
- Utilisation de filets sur les ouvrants des serres (frein considérable à l'installation)
- Nématode auxiliaire Steinernema carpocapsae associé à un adjuvant spécifique
- Efficacité très forte sur les larves
- Viser le haut de la plante, éviter le ruissellement
- Attention : agit également sur Macrolophus
Observation et reconnaissance
- Facilement observable sous les feuilles, le long des nervures, ou le long des tiges
- À l'extérieur : souvent sur l'inule visqueuse (Inula viscosa L.), famille des Astéraceae
- Observable souvent à l'apex des plantes
- Dégâts caractéristiques : anneaux nécrotiques sur tiges, déformation d'apex, chute de fleurs